Carnets de méditation | 1 | La voie taoïste du lâcher-prise

Dernière mise à jour : 23 sept.

Non agir... Wuwei... Laozi... Tao...


Quiconque s'est déjà intéressé en profondeur à la pensée Chinoise s'est déjà retrouvé nez à nez avec ces concepts très éloignés du monde occidental moderne, qui semble ne se concentrer bien souvent que sur la notion duelle de contrôle et d'abandon. Pourtant le bon sens naturel laisse émerger cette substance spontanément dès lors que l'on rentre dans une dynamique d'écoute avec le réel, avec le vivant. Le lâcher prise tout en écoute fait partie du processus quotidien de chaque individu en relation avec les éléments ou les êtres sensibles. Mais il n'est pas en opposition avec les notions d'effort et de travail. Les alternances Yin Yang que nous pouvons observer autour de nous cachent un secret vulnérable et ô combien puissant: le vide central. L'équilibre. La neutralité potentielle qui permet le passage mouvant et fluctuant de Yin en Yang, et inversement. Le Taijitu, nom Chinois de ce symbole, ne représente aucunement une dualité. Ces deux poissons ☯️ du diagramme traditionnel bien connu ne sont que les deux faces d'une même colline: l'une est éclairée par le soleil (Yang 陽), l'autre ne l'est pas (Yin 陰). Pourtant la colline est une et indivisible. Notre regard sur les choses est similaire: le point de vue porté sur les phénomènes ne peut-être que partiel, relatif et temporaire. Le réel lui n'est pas sécable et dépasse nécessairement l'entendement.


Lâcher prise, c'est avant tout chose pour les anciens taoïstes (nous ne parlons pas en terme de religieux), observer. Et observer en suivant, en adhérant, en restant au contact du mouvement quelqu'il soit. Ce contact, notre pratique entière en est imprégnée et sous-tendue: rien d'unilateral n'est respectueux de la vie. Et rien qui soit au contact des choses ne peut se satisfaire d'une absence d'unité, même fragile. Relire les textes de Zhouang Zi par exemple, nous plonge dans la récapitulation de nos propres actes aussi sûrement que la poésie nous plonge dans le sensible.


Si lâcher prise est un art, il ne faut pas oublier que tout art a sa manière, et agir en respectant son centre et son intégrité, est bel et bien similaire à un art, avec la possibilité d'une pédagogie adaptable. Le taïchichuan en propose une, très construite, méthodique et bien étayée par des siècles de transmission et d'approfondissement, ainsi que de relation de maître à eleve, c'est à dire de cœur à coeur.




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