Carnets de méditation | 2 | Une expansion

Dernière mise à jour : 23 sept.


Le jour n'est pas encore levé et le banc de méditation repose à sa place centrale, au milieu du dojo, pièce pleine et entière de bois flotté récupérée il y a longtemps dans le lit d'un fleuve. Dehors pas un bruit. Quelques oiseaux commencent à déployer leur chant sous le bleu très profond de l'aube approchant. Discrets. Le Yi*, encore plongé dans l'espace du rêve, n'a pas tout à fait pris ses marques dans le corps. Pas d'habitudes immédiates, un présent qui s'éveille doucement de sa continuité après la nuit, empreinte de l'espace du sommeil réparateur.


Je m'assois en silence et pose un voile sur mes épaules. Le corps détendu. L'assise stable, appuyée de ces repères mis en place peu à peu au fil des ans; les fascias connaissent le chemin comme un animal de compagnie connaît sa maison. Et son maître. D'abord et toujours, affiner le souffle d'air. La respiration vient étendre ses vagues jusque sous le ventre puis plus loin, plus large autour. Chaque tissu s'imprègne lentement de conscience jusqu'à un sentiment-ressenti d'unité: quelque chose s'arrondit, se met impeccablement en place selon un arc indépendant du seul mental. Désir peut-être: de rejoindre un état qui seul semble être authentiquement chez soi... "Home is where the heart is", disent les anglophones. Et le cœur est rempli, apaisé et silencieux; progressivement, la tête se redresse.


J'entends comme beaucoup que méditer reviendrait à faire le vide... Mais "faire" le vide n'est pas possible. Pas plus de quelques microsecondes en tout cas. Être habité par l'immensité vide de l'espace intérieur comme extérieur requiert plutôt un effort inverse à celui que l'on croît d'ordinaire. Ce qui est nécessaire pour arrêter les pensées est plutôt de faire le plein. Le faire sainement, et avec des nourritures saines. Lorsque l'espace est vraiment rempli d'attention globale, le silence vient. Et avec lui selon notre degré de vitalité, notre qualité vibratoire, l'expansion. Encore faut il comprendre la nature des tensions et le moyen de les résorber, ainsi que la direction parfois multiple que doit prendre notre intention -notre presence- pour s'harmoniser au naturel qui n'est malheureusement pas pris pour vertu dans le monde social.



Aucun de ces moments d'unité que l'on est amené à vivre ne peut-être pris pour acquis, je m'en souviens à chaque instant. L'expansion qui s'en est suivi ce matin, restera pour l'instant discrète et intime, comme ces chants indistincts dans les arbres... Ce partage n'a pour autre vocation que de faire écho à la méditation en chacun de nous.





Marseille, le 8 Septembre 2022







Yi*: intention, souvenir présent, direction


Photo: œuvre de Jean Francois Robert: http://jfrobert.com/

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